Cédit : Rita Roy
La matière du texte résulte elle-même d'une intergalactique rencontre entre Picasso et la toile L'Enterrement du comte d'Orgaz, de El Greco. Ainsi, cette dernière lui servit d'inspiration pour la réalisation de la toile L'enterrement de Casagemas, qu'il peignit en réaction au décès de son ami et peintre Carlos Casagemas, qui se suicida suite à une sanglante défaite amoureuse. Picasso remplace les saintes apparitions accompagnant l'adieu existentiel et la migration ultime de la toile d'El Greco, avec (entre autres) des figures féminines nues et des prostitués. La païenne et iconoclaste vision de Picasso s'écarte du dogme catholique et traverse donc ici un surréaliste espace de défi et de protestation, dans lequel l'âme migrante de l'ami décédé traverse un espace de liberté aux couleurs d'une l'existence remplie de figure de féminitude.
C'est en s'inspirant du triumvirat structurel et de la matière à la fois endeuillée, funeste, érotique et pulsionnelle de la pièce que la metteure en scène Véronick Raymond a imaginé donner vie et extension à la verve de Picasso en parodiant les trois cycles de la célébration oecuménique. Comme une suprême forme de défiance et de désobéissance, la matière charnue et bleue de l'oeuvre, traverse les pataphysiques espace hallucinés d'un délire, qui dans les couleurs et la matière, constitue un formidable et très existentiel cri de vie libertaire.
C'est donc ici dans une très espiègle et très vivante cérémonie liturgique que s'envole l'âme de Casagemas, dans une forme qui pourrait se situer à mi-chemin entre entre la célébration gospel et la catholique messe yéyé. Ce délirant univers de défamiliarisation surfe sur les formes diverses de la judéo-chrétienne symbolique, sous l'égide d'une iconoclastique charge d'ironie faisant particulièrement honneur à la substance de la vision de l'auteur. Il en résulte tout un florilège d'images tordantes et de détournements symboliques : on y trouve entre autre, une sacrificielle Ève surfant sur une vague de transgressif désir funeste, avec un genre de danse des sept voiles cohabitant avec l'onanistique présence frotteuriste du phallique serpent originel...
Ce laboratoire avancé gagnerait peut-être à s'affranchir d'un didactique souci de représentation de la picturale matière, pour assumer totalement son total espace de folie. Quelques éléments de diction et quelques inégalités liés au jeu, au parcours proxémique, à la trame mimographique et à la maîtrise du texte, constituent des éléments perfectibles. ce qui est parfaitement normal à ce stade de la réalisation.
On n’aura sans doute jamais vu un enterrement si grinçant, drôle et coloré.
On passe un très bon moment.
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Auteur : Pablo Picasso
Mise en scène et voix : Véronick Raymond
Comédiens : Mylène Bérubé, Stéphanie Breton, Gaële Cluzel-Gouriou, Pierre Guillaume, Patrice Madgin et Karine Turcot
Assistance : Mylène Bérubé
Scénographie : Patrice Madgin
Musique : Pierre Guillaume
Jeudi, juin 21, 2012 - 20:00
Vendredi, juin 22, 2012 - 23:59 60 rue Rachel O.
Les billets sont disponibles : une
heure avant à la porte, ou au: http:// www.montrealfringe.ca/fr/ show/monsieur-victor ou à par téléphone (514)849-FEST