Bonne Journée internationale du Fringe! #WorldFringeDay

Saviez-vous que le 11 juillet est la Journée internationale du Fringe ? Rejoignez-nous et nos ami.e.s du World Fringe pour participer à la campagne #WorldFringeDay. Fringe crée de si beaux souvenirs et nous voulons entendre les vôtres. Partagez vos histoires avec le hashtag #worldfringeday.

Nous sommes très fiers de tous les efforts déployés par nos artistes, nos bénévoles et nos fans pour que le Fringe se concrétise année après année. Nous sommes particulièrement reconnaissants de tout le soutien apporté au festival Ceci n’est pas un Fringe, notre événement en ligne et en distanciation sociale, qui s’est tenu en juin dernier.

En tant que Fringe canadien, nous sommes fiers d’être membres de l’Association canadienne des festivals Fringe (ils sont incroyables). Cette association rassemble tant de Fringeuses et Fringeurs, à travers le pays (dont le Fringe d’Ottawa, de Victoria, de Halifax) et même certains Fringes américains (comme celles de San Francisco, d’Orlando et de Boulder). Bien que nous ne puissions pas nous rendre visite cette année, nous pouvons toujours nous soutenir mutuellement en ligne. Merci à l’association de nous avoir permis de rester en contact.

Vous souvenez-vous du Congrès International des Festivals Fringe qui s’est tenu à Montréal en 2016 ? Grâce au soutien du Conseil des Arts de Montréal, nous avons accueilli plus de 100 délégué.e.s du monde entier dans notre ville préférée ! En collaboration avec le Fringe d’Édimbourg, le World Fringe Network et l’Association canadienne des festivals Fringe, nous avons organisé trois journées complètes de programmation autour de l’avenir du mouvement Fringe international. Ce fut un plaisir de rencontrer des représentant.e.s du monde entier, entre autres celle de Cape Town, Taipei, Stockholm, Prague et de Sydney l!! Nous espérons être présent.e.s au prochain congrès Fringe à Orlando, en Floride, en 2022 !

Demain, World Fringe sera en conversation en direct avec les organisateurs et organisatrices de festivals Fringe du monde entier. Notre producteur Kenny Streule, et notre directrice des relations publiques Sarah Grenier LaForce, seront en direct sur Facebook Live dès 12h avec d’autres membres de CAFF et USAFF pour discuter du mouvement Fringe en Amérique du Nord. Consultez World Fringe sur Facebook pour vous joindre à nous.

Bonne #WorldFringeDay de l’équipe du MainLine!
Amy, Kenny, Deirdre et Sarah

PS: Si vous en êtes mesure, veuillez envisager de faire un don au Fringe par Canada Helps ici.

PROFILS DE PERSONNES ISSUES DE LA DIVERSITÉ: T.Y. Jung

T.Y. Jung est un danseur et un artiste de théâtre musical sud-coréen que l’on voit de plus en plus dans des productions en langues française et anglaise d’un bout à l’autre de Montréal. De plus, il est l’une des moitiés de The Balcony, un duo pop-rock folk acoustique qu’il a fondé en 2015 avec son ami d’enfance Rhys Sheng. Bien qu’il se soit également distingué comme danseur dans sa jeunesse, son entrée dans le milieu artistique montréalais est relativement récente.

« Toute mon adolescence, j’ai été un touche-à-tout parce que j’ignorais ce que j’aimais et ce à quoi je me rattachais », raconte-t-il sourire aux lèvres. « La création de ma première comédie musicale en 2017 m’a fait réaliser que j’avais trouvé là mes repères et ma bande. »

Depuis qu’il a répondu à l’« appel », T.Y. a gravi la scène montréalaise en apparaissant dans The Rocky Horror Show (Théâtre MainLine), Cabaret (Société dramatique de Côte Saint-Luc), Shrek: the Musical (WISTA) et Légalement blonde (CoMUM).

 Quand on lui demande de parler du type d’œuvres qui l’attire, il mentionne tenir en estime la sincérité dans la narration. « Je veux un art qu’on ressent comme vrai », explique-t-il. « Je suis surtout un comédien qui présente une forme d’art que quelqu’un d’autre a créée. Il est donc important pour moi de rendre vraisemblable l’émotion que recèle l’œuvre originale. Ces temps-ci, je tente de dénicher du contenu qui me pose des défis. » 

La possibilité de faire ressortir ses identités particulières sur scène le rend songeur : « Il m’arrive de jouer dans des pièces centrées sur des artistes queer de couleur qui me portent à me demander comment raconter mon histoire. J’ai compris qu’en fait, je n’ai pas nécessairement besoin de parler de ma situation comme personne de couleur pour rendre mon travail pertinent. Nul besoin de toujours utiliser mon art pour parler du queer que je suis si je veux être un artiste queer. La représentation – le simple fait de profiter d’une plateforme et de faire entendre sa voix –, c’est ce qui compte pour moi. »

Il souhaite au milieu artistique en reconstruction post-crise d’en venir à véritablement manifester la diversité de Montréal sur scène et à l’écran : « J’aimerais que les distributions et les équipes scéniques reflètent la ville où l’on vit. »

« En somme, j’espère qu’on finira par reconnaître les différences qui existent dans la société. Comprendre à quel point nous sommes privilégiés comme individus est un premier pas vers la solution. Il nous faut échanger sur ces questions, plus particulièrement dans des environnements éducationnels. J’aimerais qu’à l’école secondaire, on se parle de trucs reliés au mouvement LGBTQ+, vous savez ? Il importe que les générations à venir connaissent tout ce qui existe dans le monde. Espérons qu’à partir de maintenant, nous verrons du changement. »

(Traduction de Louis Longpré)

PROFILS DE PERSONNES ISSUES DE LA DIVERSITÉ: Azin Mohammadi

Azin Mohammadi est une artiste multidisciplinaire et une éducatrice irano-canadienne de Montréal. Elle complète une maîtrise en sciences de la communication à l’Université de Montréal après avoir réussi un baccalauréat en enseignement des arts plastiques à l’Université Concordia. Elle travaille présentement comme animatrice artistique auprès d’une clientèle âgée en réhabilitation tout en se consacrant à sa passion pour la scène. Au FRINGE, elle a joué dans The Thrill of the Chaise (Théâtre Chocolate Moose) et Bullshit (Collectif les louves). 

L’art qui l’interpelle ? « Tout ce qui offre un regard neuf sur un concept, une idée, une histoire. Même si c’est quelque chose de connu comme du Shakespeare. Si quelqu’un l’approche sous un angle différent ou trace de nouveaux parallèles entre lui et le monde où l’on vit, cela m’intéresse. »

« J’aimerais spécifiquement ajouter que j’ai un côté gore… j’aime être choquée, éprouver d’intenses émotions », dit-elle d’un air songeur. 

 Azin est également une auteure émergente qui prévoyait présenter en mai Trifekta Babe, sa première pièce, au Théâtre MainLine dans le cadre du festival Revolution They Wrote. Mais la pandémie de COVID-19 a entraîné l’annulation des représentations. En revanche, le Théâtre Teesri Duniya en présente une lecture en ligne à la faveur de l’événement Fireworks Program Showcase.

Lorsqu’on lui demande si ses racines persanes transparaissent dans ses créations originales, elle parle d’une exploration continue : « Je pense traverser une phase de découverte où je tente d’investir plus de mon héritage culturel dans mon art, mais c’est un peu difficile, je résiste à le faire. Je ne sais pas encore exactement pourquoi. Mais mes racines me sont chères et je vais donc travailler là-dessus petit à petit. »

Il est cependant plus que certain qu’elle désire voir son identité encore plus présente au théâtre.

« En fait, j’aimerais voir plus d’histoires inspirées de la diversité – des œuvres d’artistes handicapés, de gens de couleur, d’individus LGBTQ+, etc. ». Azin poursuit : « Je pense si quelque chose de positif doit se dégager de ce qui se passe pour les communautés noire et autochtone, ce doit être la valorisation de leurs voix à qui l’on donnera la chance de se faire entendre. Ça s’est amélioré, mais il reste encore du chemin à faire. J’espère que ce moment nous incitera à examiner nos propres comportements, à améliorer nos êtres et le monde où l’on vit. »

RAFALE FRINGE
 Ton spectacle FRINGE préféré ?
L’an dernier, j’ai vu Spurt of Blood de Marissa Blair et j’y pense encore aujourd’hui – quand on est gore…

Tradition annuelle FRINGE ?
Me rendre avec des amis au parc Jeanne-Mance après un spectacle pour s’y détendre en dégustant quelques bières et parler d’art et de théâtre.

(Traduction de Louis Longpré)

PROFILS DE PERSONNES ISSUES DE LA DIVERSITÉ: Smriti Bansal

Smriti Bansal est une auteure, une éditrice et une professionnelle de la communication originaire de New-Delhi. Dès son installation à Montréal, elle a fait sa marque au sein de la communauté artistique à titre de stagiaire en communication au Festival FRINGE, ce qui l’a menée à occuper le poste de gestionnaire des contenus numériques chez Confabulation. Elle est depuis devenue l’une des productrices de cette compagnie spécialisée dans la narration d’histoires vécues, et a enrichi le paysage créatif en contribuant au lancement de plateformes où des voix ignorées se font entendre partout au Canada.

Ayant centré son travail sur l’art de raconter, Smriti muse sur les récits qui l’inspirent et l’intéressent : « Je ne préfère pas un type particulier d’histoire. Voilà la beauté de ce que nous faisons chez Confabulation », commence-t-elle. « Tout le monde a quelque chose à raconter. Tout ce dont on a besoin, c’est de quelque chose ou de quelqu’un qui nous donnera le pouvoir de se connecter à notre conteur intérieur. »

Même si la diversité est inhérente à l’art de raconter des histoires vécues, les événements liés à Black Lives Matter et aux présentes manifestations antiracistes a conduit l’équipe de production de la compagnie à réfléchir profondément à ses pratiques. « À l’heure actuelle, nous discutons de nombre d’approches pour évoluer vers plus d’intégration », confie-t-elle. « Inviter plus d’artistes sur nos scènes, identifier en ville des partenaires organisationnels, tendre la main à des groupes spécifiques ou de diversifier les talents des membres de notre propre équipe, voilà autant de manières de nous responsabiliser par rapport à notre communauté. Nous prêtons l’oreille, nous assimilons ce que nous apprenons présentement, et cela rend nos gestes plus réfléchis. »

Sur le plan individuel, « ce moment m’a conduite à méditer sur ce que je peux faire en tant qu’alliée et sur les façons dont je pourrais faire de mes apports à ma communauté des éléments réguliers de ma vie. Ce que rapportent les nouvelles se passe en fait depuis des siècles, et cela n’est pas et ne devrait pas devenir une tendance. Je pense que la meilleure chose qui va émerger de tout ça, c’est une prise de conscience de la douleur qu’éprouvent les autres au quotidien et une volonté d’apporter des changements dont l’impact est positif. »

Smriti nourrit des espoirs pour l’avenir de la communauté artistique qui se reconstruit. « Je sais que c’est cliché, mais j’aimerais voir plus de gens qui me ressemblent », confie-t-elle. « Ce serait magnifique de voir plus de gens du sous-continent indien créer et de voir le monde où je vis se refléter dans leurs œuvres. De plus, j’aimerais beaucoup que l’on mette plein feu sur un plus grand nombre de voix autochtones. Le FRINGE fait un excellent travail de promotion de la diversité, mais je trouve que la communauté montréalaise reste très homogène. Elle a besoin de plus de couleurs. Nous apprendrions tellement les uns sur les autres. »

(Traduction de Louis Longpré)

PROFILS DE PERSONNES ISSUES DE LA DIVERSITÉ : Alessandra Tom

Alessandra Tom est une artiste canadienne d’origine chinoise basée à Montréal. Ses réalisations professionnelles incluent des rôles de metteuse en scène, de dramaturge et de créatrice de théâtre collaboratif. Elle détient un baccalauréat de l’Université Concordia en création de performances avec une mineure en étude des droits de la personne ; elle a su combiner ces deux passions dans le but de mettre en scène du contenu engagé socialement pertinent pour le monde d’aujourd’hui. Les spectacles du Festival St-Ambroise Fringe de Montréal auxquels elle a contribué incluent « Adoration » de Tantalus Theatre à titre de régisseuse et « Bite your Tongue » de SortOf Productions en tant que metteuse en scène. Plus récemment, elle a produit et co-créé la pièce « Attempts in Flight » de Dai Bao Productions qui a été nominée pour un prix Frankie.

Quand on lui a demandé que sorte d’art l’émeut, elle nous a répondu : « Ce que j’aime voir et créer est souvent déterminé par le processus et la pratique. » Elle a ajouté par la suite qu’elle « est intéressée par les méthodes de création non hiérarchiques et les formes que ces créations peuvent prendre. Par exemple : quelles sont les hiérarchies qui existent au sein d’une équipe? Est-ce que la conception est aussi importante que le texte et la performance? Comment pouvons-nous collaborer au sein de l’équipe? J’aime repousser les limites comme ça. »

Alessandra réfléchit par la suite sur l’influence de ses origines ethniques et culturelles et comment elles affectent son art. « L’origine de mon désir de mettre en scène et de créer vient de mon souhait de présenter du théâtre engagé socialement. Ce que je peux accomplir en rendant mon art plus inclusif et étendu. J’essaye de faire en sorte que les personnes sur scène et en arrière-plan reflètent le monde d’aujourd’hui. »

Quand elle contemple l’impact de la crise mondiale actuelle et son effet sur son milieu, elle dit: “ En tant qu’artistes, nous essayons toujours de créer de l’art que nous croyons important. En ce moment, j’apprécie cette opportunité de ralentir. Cette quarantaine m’a donnée le temps de faire de l’introspection, de m’assoir et me poser des questions angoissantes telles que “qu’est-ce que je dois changer dans ma propre vie?’’ Ce questionnement se traduit dans mon art en posant ces questions au public. Nous pouvons tous mieux écouter et faire preuve de plus de compassion. Je crois que lancer ces réflexions dans un espace communautaire comme le théâtre est très précieux. »

En rafale
Ton spectacle Fringe préféré?

‘Docile Bodies’ par Wig in a Box. Leur éclairage était malade. J’étais choquée d’apprendre qu’ils ont pu accomplir ça en juste trois heures.

Ta tradition Fringe annuelle?
Ce n’est pas une tradition annuelle, mais ce qui me manque cette année c’est d’aller prendre un verre au Ice House après un spectacle pour célébrer.

Ton moment mémorable du Fringe?
C’est une arme à double tranchant, mais pendant deux ans mes spectacles du Fringe avaient lieu au Théâtre MainLine. J’ai de très beaux souvenirs de tout mettre en place et tout démonter en un temps record, tout en suant comme des fous, avec Bruce (Lambie), notre directeur technique.

PROFILS DE PERSONNES ISSUES DE LA DIVERSITÉ: Maryline Chery


Maryline Chery est une artiste créole de descendance haïtienne dont les travaux à titre d’actrice, de dramaturge et de créatrice comptent Noire et Afrodisiaque. Cette ancienne de l’option théâtre du baccalauréat ès arts de l’Université Concordia et du programme de mentorat d’artiste du Black Theatre Workshop a entre autres à son actif Blackout du Théâtre Tableau d’Hôte. Au FRINGE de Montréal, on l’a vue dans A Dyke’s Guide to Fair Play et, l’année dernière, dans The Trophy Hunt.

L’attrait de Maryline pour le FRINGE tient « à son effervescence, à son énergie. » Elle poursuit : « Le festival sert de tremplin à des artistes émergents locaux. J’apprécie aussi pouvoir m’y livrer à des expérimentations et d’y trouver un public. Je suis toujours intriguée et impressionnée par ce que les gens peuvent faire dans de petits espaces. »

L’art qui la fait vibrer ? « Je veux être surprise. J’aime les choses qui me rendent mal à l’aise tout en me permettant d’apprendre. J’aime aussi tout ce qui est électrique. Ma famille vient d’Haïti et j’ai grandi dans une maisonnée colorée, intense et bruyante – voilà peut-être pourquoi j’aime tant la clownerie et le cirque », médite-t-elle. « J’aime le théâtre qui me fait sentir vivante. »

Au cœur des œuvres de Maryline, on trouve un héritage et une identité qui ont donné naissance à des créations théâtrales centrées sur le féminisme Black et la culture antillaise. « Beaucoup de ce que je fais s’enracine dans l’idée de dénoncer les injustices », explique-t-elle. « Et, maintenant, on est en plein dedans.»

Les événements qui se produisent présentement à l’échelle mondiale dans la foulée de Black Lives Matter font avancer sa réflexion : « C’est à la fois terrible et inspirant. Mais je crois que l’artiste est un soldat et un agent de l’amour, et ce qui se produit autour de nous devrait alimenter ce que nous allons créer. Pour moi, l’idée que les artistes ne peuvent participer aux débats politiques est ridicule. Nous disposons d’une plateforme pour nous faire entendre, et il est donc de notre devoir de faire de la sensibilisation. Nous devons trouver des façons d’éduquer et d’encourager les autres à se joindre à la conversation pour que nous puissions apprendre et aller de l’avant. J’espère accomplir cela avec mon art. » 

Ton spectacle Fringe préféré?
La course en Drag!

Ta tradition Fringe annuelle?
Je passe énormément de temps à rencontrer des ami-e-s sur St-Laurent. Est-ce une tradition ou un mode de vie? Je ne sais pas, mais c’est ce que je fais: avoir l’air fabuleuse avec du café glacé entre les spectacles.

Ton moment mémorable du Fringe?
Lors de la soirée de clôture de l’année dernière, il y a eu cette chanson qui a joué – je n’en connais même pas le nom – et mes copines et moi avons pris le contrôle de la scène, ça a été tout un moment. Et c’était incroyable.

(Traduction de Louis Longpré)

PROFILS DE PERSONNES ISSUES DE LA DIVERSITÉ: Brefny Caribou

Brefny Caribou est une artiste d’origine moskégonne et irlandaise née à Toronto. Ses projets sur scène incluent des collaborations avec Infinithéâtre, Urban Ink, Caravan Farm Theatre et Aluna Theatre. Son œuvre est reconnue pour sa nature collective et collaborative et se penche sur des questions d’identité, de culture et de décolonisation, en lien avec ses origines. Elle explore ces sujets et s’exprime, à travers la narration théâtrale, sur les difficultés qu’elle rencontre en tant que femme autochtone qui vit dans l’état colonial Canada contemporain.

Elle remet régulièrement en question ses pratiques artistiques pour leur permettre d’évoluer. Elle réfléchit ici à l’impact que les évènements de 2020 ont sur son art.

« J’ai eu un moment l’autre jour où je me suis demandé quand on pourra à nouveau être dans une salle remplie de gens, et j’ai eu peur. C’est une pensée qui me revient de temps en temps » révèle-t-elle sur le sujet des effets de l’isolement pendant la pandémie de la COVID-19. « J’adore tellement me trouver sur scène avec d’autres artistes devant un public et c’est difficile de ne pas savoir quand on pourra le faire de nouveau. »

« Par contre, je suis excitée à l’idée du défi de naviguer dans les espaces théâtraux dans le futur. À quoi ressemblera notre premier spectacle quand on pourra reprendre? Comment pourrons-nous créer cette connexion et ce sentiment de proximité physique qui nous réconforte et nous donne un sentiment de sécurité pendant nos performances? Ce sera intéressant à voir. »

Sur le sujet du soulèvement des personnes issues de la diversité, elle a dit : « C’est un moment très intense, car c’est littéralement une question de vie ou de mort pour les personnes dans ma communauté autochtone et pour la communauté noire. C’est une expérience qui me touche tellement directement et qui me fait penser que mon art est insignifiant, mais en même temps il me semble que c’est la seule façon que je peux vraiment aider. Je sens que ma responsabilité en ce moment est d’être témoin de ces évènements et de canaliser cette douleur en une expérience cathartique qui peut être partagée avec tous. »

Sur ses espoirs pour rebâtir la communauté artistique après la crise, elle répond : « J’espère voir beaucoup plus de personnes que j’admire avoir accès à des tribunes pour partager des vérités à un plus grand public. Je suis curieuse de voir à quoi ressemblerait la désinstitutionnalisation du milieu artistique. Nous avons fait les choses d’une certaine façon depuis tellement longtemps maintenant et je me demande s’il n’y aurait pas des méthodes alternatives pour gérer des entités créatives, structurer leur direction et comment distribuer le soutien financier. J’ai hâte de pouvoir participer dans ce genre de conversation et je crois que nous pourrons trouver de meilleures méthodes. »

PROFILS DE PERSONNES ISSUES DE LA DIVERSITÉ: Amanda Benn

Amanda Benn est une artiste Canadienne d’origine Antiguaine et Guyanaise qui s’est distinguée dans la communauté artistique de Montréal pour son travail de danseuse, de chorégraphe, de chanteuse, d’instructrice et d’animatrice d’émission de radio. Parmi ses réalisations professionnelles, on note ses performances sur scène avec la troupe de danse Afro-Caribéenne Westcan Folk Performing Company, son rôle dans Shifting Grounds produit par le Black Theatre Workshop et pour son rôle de créatrice pour le festival féministe Revolution They Wrote.

Le chemin de Mme. Benn (son surnom pour l’émission de hip-hop sur les ondes de CKUT 90.3FM qu’elle anime) dans le milieu artistique a commencé dès l’âge de 4 ans.  Son parcours en tant qu’une femme issue de la diversité a été semé d’embûche, qu’elle a su surmonter avec résilience.

« J’ai grandi sur la Rive Sud, je me suis habituée à être la seule fille noire dans la classe », déclare-t-elle. « J’ai vécu dans une famille d’accueil, j’étais désillusionnée que les rêves pouvaient devenir réalité et que les Noir-e-s pouvaient accomplir des choses. Je n’avais pas d’aide, de soutien, ni de mentor. La plupart de la compréhension que j’avais était sur la question de la race. Ce qui m’a permis de passer au travers le quotidien était l’art. »

L’art de Mme. Benn est inspiré par sa quête d’identité et de représentativité. « Pendant que je faisais mes recherches sur mon identité et celle de toute ma diaspora, j’avais toujours le sentiment que quelque chose était incomplet. Et je savais que je n’étais pas la seule qui le ressentait. Je ne m’identifiais pas avec ce que je voyais sur scène et la seule solution que j’ai trouvée était de le créer moi-même. C’est ce qui m’a poussé à produire le travail que je fais aujourd’hui ».

Sur le sujet de ses projets en cours et futurs, et sur le sujet de l’actualité mondiale du mouvement Black Lives Matter, elle parle d’un besoin de guérir les plaies individuelles et collectives.

« Dans les communautés Noires, “tout ce qui est opprimant, est opprimé”. Et on se le fait à nous même. Une tragédie se produit et on se dit toujours “restons fort”, “dommage”, “passons à autre chose”. On n’en discute pas. Ma communauté ne s’est jamais identifiée dans les lieux de guérisons et je pense que là où je suis rendue maintenant, je veux avoir ses conversations difficiles. Alors je l’incorpore dans mon art. ».

Il y a de l’espoir de rebâtir les ponts. « J’apprécie beaucoup que le Monde a pris le temps de reconnaitre ce moment. Mais ce qui se produit n’est pas nouveau. Pour moi, le combat ne vient pas juste de commencer, mais il a évolué. Mes confrères et consœurs Noir-e-s : nous n’avons plus à nous battre aussi fort. Nous ne serons plus engagé-e-s seulement pendant le mois de l’histoire des Noirs. De plus, nous pouvons nous sentir confiants de créer le contenu que nous voulons. »

PROFILS DE PERSONNES ISSUES DE LA DIVERSITÉ: Swati Khanna

Coordonnatrice des Bénévoles du Festival Fringe, Swati Khanna établit sa présence à Montréal comme une des travailleuses culturelles bien-aimées de notre communauté. Dès 5 ans, suivant sa passion pour les arts de la danse indienne classique, elle a forgé sa carrière à Mumbai comme directrice créative / productrice au cinéma, à la télévision et en publicité. Elle déménage au Canada en 2017 et reconstruit complètement son profil professionnel, se trouvant rapidement à travailler avec des compagnies établies – du Fringe à Juste pour rire, Théâtre Teesri Duniya et l’Institut Silk Road – jusqu’à son poste courant comme Directrice de programme pour ELAN (Réseau des arts anglophones).

De retour dans les arts de la scène, son expérience sur scène, en design et en production de théâtre lui permet d’offrir une gamme exhaustive de services dans l’industrie. « Tout ce que j’ai appris dans les 15-16 dernières années de ma carrière, je l’ai combiné pour faire le travail que je fais aujourd’hui. »

Swati est très appréciée à arrière-scène du Fringe, c’est elle qui assume la coordination de plus de 150 bénévoles pour le festival. « C’est assez intense », raconte-t-elle, « mais j’en suis très contente. » Sur ce qu’elle préfère au travail, elle cite « l’énergie pure. Et le fait qu’on rend beaucoup à la communauté. C’est un groupe tellement diversifié et j’ai acquis de bonnes amitiés en chemin. »

Accueillie par la communauté de par son travail dédié et son esprit généreux, Swati attribue toujours son succès à une certaine chance. Comme femme issue de la diversité culturelle connaissant peu de français et de contacts à Montréal, « J’ai eu beaucoup de chance en me retrouvant ici, et je suis reconnaissante envers la communauté pour son encouragement et pour toutes les opportunités que j’ai eues. » Dit-elle. « J’ai aussi eu beaucoup de chance d’avoir évité beaucoup de discrimination raciale au Canada, mais même si on ne ressent pas nous-mêmes ses effets, le racisme peut exister et il ne faut pas fermer les yeux. »

Sur ses souhaits pour la communauté de théâtre, elle répond: « J’ai beaucoup de foi en l’esprit humain, en fait. Les grands esprits s’assemblent pour trouver une solution pour aider l’art partout. L’écosystème va changer et la nature de notre production et consommation d’art changera peut-être, mais l’art est ici pour rester. Et, résultat positif, il sera très inclusif. »


Ton spectacle Fringe préféré?
La course aux Drags.

Ta tradition Fringe annuelle?
Aller au Parc Fringe. C’est l’endroit pour rencontrer des gens. À mon sens, c’est comme le Central Park de Montréal.

Ton moment mémorable du Fringe?
La belle énergie de l’équipe et des bénévoles.

PROFILS DE PERSONNES ISSUES DE LA DIVERSITÉ: Rahul Gandhi

Rahul Gandhi est né et vit à Montréal, où il œuvre en tant qu’acteur, metteur en scène, acteur et créateur. Les œuvres qu’il a présentées au Fringe en tant que co-fondateur et directeur artistique de Tantalus Theatre incluent la production James and Ziggy ainsi que Adoration. À titre de comédien, on l’aura vu dans la production The Peers d’Infemous et dans Mostly Scripted par AlienCat Productions. Sa présence au festival est bonifiée par ses contributions écrites au Montreal Theatre Hub.

«Le Fringe m’a changé en tant qu’artiste, dit-il. Avant, j’étais juste un gamin de banlieue qui faisait du théâtre. Puis, je suis allé au festival pour la première fois (en 2016) et ça a amplifié mon désir d’en faire plus, de repousser les limites de mon propre travail.» 

Depuis, Rahul porte de multiples chapeaux dans l’industrie et apparaît sur de nombreux plateaux et scènes professionnels. Plusieurs de ses projets sont en pause à cause de la Covid-19, ce qui le porte à une réflexion sur la nature de la création en ce moment.

« C’est un peu cliché, mais je crois que la réalisation artistique maintenant revient vraiment à la connexion humaine. Nous sommes tous confinés, mais les gens trouvent encore des manières de se regrouper et de produire quelque chose dans des médiums étouffés, et c’est vraiment une preuve de combien ils aiment leur art. Cette force de volonté de connecter et de créer – c’est ça le but.»

Suivant le fil rouge de l’exploration des limites, nous discutons du sens d’être un artiste noir, autochtone ou de couleur ces jours-ci. «On constate des progrès, mais j’espère qu’on verra le jour où personne ne sourcille lorsqu’un personnage bien connu est joué par un comédien de couleur. Ce moment pourrait arriver plus tôt que plus tard, si on pousse plus fort.»

Sur le futur, il se dit «optimiste à propos du changement, à propos du travail qui ressortira de tout ça après, et à propos de ma propre place dans l’industrie. La communauté du théâtre à Montréal est relativement petite, mais en même temps nous sommes très bruyants. Nous faisons du bruit pour être vus et entendus. La sortie de crise pourrait être lente, mais nous avons assez d’amour et de détermination pour rebâtir. Nous vivons des temps étranges et sombres, mais je suis optimiste pour ce qui s’avérera être, je crois, les années folles de l’art.»

Ton show Fringe préféré?
The Man Behind the Curtain par Productions Presents

Ta tradition Fringe annuelle?
Assister à L’Après Fringe: 13th Hour quand je dois me lever tôt le lendemain. 

Ton moment mémorable du Fringe?
Le premier spectacle du Festival auquel j’ai participé était une énorme production et nous étions 30 personnes au party des comédiens. Après la fête, mon partenaire créatif Adrian et moi sommes restés assis pour parler. On a bu du whisky, on a fumé un cigare, on a regardé le lever du soleil. Et c’était la fin de mon premier Fringe.